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Portrait de RAHARIMANANA

Jean-Luc RAHARIMANANA

Madagascar

contributions

Raharimanana est une voix majeure de la littérature francophone. Il est romancier : Nour, 1947 (Le Serpent à plumes, 2001), Za (Philippe Rey, 2008), Revenir (Payot/Rivages, 2018).  Il a publié la totalité de sa poésie aux éditions Vents d’ailleurs, Enlacements, Obscena, Il n’y a plus de pays, La Voix, le Loin…  Au Théâtre, il est mis en scène par Thierry Bedard, 47 (Avignon, 2009), Les cauchemars du gecko (Avignon 2009), Des ruines (Maison de la poésie, Paris 2011)… 

Il met en scène également ses propres textes : Rano, rano (2014), Parfois le vide (2018), La Voix, le loin(2022). S’attaquer aux mots et malaxer le sens jusqu’à ce que la musicalité des mots pénètre au plus profond du lecteur, devient sa préoccupation principale, ancrer la mémoire dans le corps, et faire acte de beauté dans le dire et l’écrit. 

Il a reçu le Prix Jacques Lacarrière en 2018 pour Revenir (Payot/Rivages).

Il écrit pour le cinéma et collabore avec les réalisateurs Maéva Ranaivojaona et Georg Teller, pour le film Zaho Zay dont il a écrit la voix off, Prix Renaud Victor et Mention spéciale Georges de Beauregard International au FIDMarseille 2020 - Prix Mehrwert à la Viennale 2020 – Festival International du Film de Vienne.

Contributions

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Été 2025

Roman d’une île

Parfaite journée. Rideau de jambes parfait. Ça passe. Ça ne casse jamais. La marche des abrutis. Bientôt je serai oiseau. Je ne marcherai plus dans ce bitume pourri. Brume parfaite du gasoil. Qui respire dans ce pays? Qui? Ça pète. Ça dévoile son cul. Brume parfaite. De la pourriture. L’horizon n’est en rien l’horizon qu’une parfaite toile où rien ne doit changer.

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Hiver 2024

Manakara 1947, je vous raconte

Mais après l’attaque, une rumeur nous était parvenue qu’un Américain allait venir. “Venez tous! nous avait dit le prêtre Victor, réunissez-vous, préparez-vous, appelez tout le monde, l’Américain va venir à 8 h par le train de Manakara”.

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Été 2024

Peuple des nuques pliées

Je nous vois peuple des nuques pliées je nous vois je nous fais cibles de nos propres yeux, je nous vois en nos mondes, ici, là et là, ici en quelconque seconde où glisse l’index, souvent l’index parfois le majeur quand fatigue le doigt inquisiteur

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Automne 2023

Corps de fibre

Une femme à la colère maquillée me murmure, au creux de l’oreille distraite — elle ne sait pas que je décrypte ses pensées, c’est ainsi depuis quelque temps, je lis certains individus, — pourquoi — je ne comprends pas, je lis, je l’ignore, que tout est du présent, tout est du présent hurle-t-elle intérieurement. 

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Automne 2022

Corps de sable

Qui reviendra un jour de brouillard portant l’espérance et dissipant les amertumes ? Émergeant d’une nuit blanche et laiteuse, doux comme une apparition à laquelle on n’y croit plus. On le regardera revenir sans réaliser jusqu’au moment où il passe près de nous, avec ce souffle qui forme ce corridor vers lequel nous nous sentons aspirés, corridor d’argent et de glaciale détermination, nous nous y engouffrons, et dans la même seconde, il n’est plus là, celui dont le retour semblait si inexorable.

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