
Si tu pars en Amérique
Autant dire nulle part
Peut-être penseras-tu
À Cabeza de Vaca
Hardi conquistador qui
Par fortune de guerre
Et concours de son âme
Se sépara de Cortés
Trop affairé par l’or
De Moctezuma
Et s’en retrouva
Nu, esclave
Puis finalement
Homme médecine
Des Amérindiens
Si tu pars en Amérique
Autant dire jamais
Peut-être penseras-tu
À Jacques Cartier
À Cavelier de La Salle
Ou au chef Sioux
Cruel et sentimental
Aguipaguetin
Qui tua un ours
Et qui fut un fameux
Danseur de médecine
Si tu pars en Amérique
Autant dire sur la Lune
Peut-être penseras-tu
Au beau vaisseau
De 90 pieds
Et de 180 tonneaux
Répondant au joli nom
De Mayflower
Et à ses intransigeants
Pilgrim Fathers
Fuyant l’Angleterre impie
Si tu pars en Amérique
Autant rêver
Peut-être penseras-tu
À Pierre Minuit
Calviniste wallon
Réfugié au Pays-Bas qui
Au nom de la Compagnie
Néerlandaise des Indes Occidentales
Acheta l’île de Manhattan
Aux Amérindiens Manhattes
Pour 60 florins néerlandais
Et fonda Nieuw Amsterdam
Ancêtre de New-York
Si tu pars en Amérique
Il y a des maladies incurables
Peut-être penseras-tu
À Toussaint Louverture
Ancien esclave
Fils de Gahou Deguénon
Prince africain du Bénin
À l’origine de la première
République noire du monde
Et qui mourut misérable
Au fort de Joux
Dans le rude climat du Doubs
Si tu pars en Amérique
Autant dire l’Atlantide
Peut-être penseras-tu
À la rivière Little Big Horn
Où le général Custer
Et 267 de ses hommes
Périrent mutilés et scalpés
Face à une coalition
De Sioux et de Cheyennes
Menée par Hunkpapa Sitting Bull
Crazy Horse et Lame White Man
Si tu pars en Amérique
J’espère que tu plaisantes
Peut-être penseras-tu
À des écrivains
Comme Thoreau ou Hawthorne
Mais surtout à Melville qui
Désertant la baleinière
Du capitaine Achab
Et ses chimères de Moby Dick
Se retrouva sur une île
Qui ne figure sur aucune carte
Le propre des endroits vrais
Si tu pars en Amérique
On en reparlera
Peut-être penseras-tu
Aux fameuses Tuniques Bleues
Dans leurs forts de fortune
Perdues, isolées
En territoires hostiles
Mal aimées
En recherche d’une légitimité
Jamais accordée
Toujours volée
Si tu pars en Amérique
N’oublie pas ton gilet pare-balles
Peut-être penseras-tu
À tous ces hommes
Toutes ces femmes
Et même tous ces enfants
Armés jusqu’aux dents,
Toujours dans l’attente
De cette légitimité
De cet amour
Que plus personne
Ne peut leur accorder
Enfin
Si tu pars en Amérique
Il y a des causes perdues
Peut-être penseras-tu
Au chef Amérindien Seattle qui
Au président
Des États-Unis désireux
De lui acheter sa terre
Répondit
Comment pouvez-vous acheter
Le ciel
La chaleur de la terre
Si nous ne les possédons pas
La fraîcheur de l’air
Et le miroitement de l’eau
Comment pouvez-vous les acheter
La terre n’appartient pas à l’homme
L’homme appartient à la terre
Cela nous le savons
Ce poème a été écrit en 2018, pendant le premier mandat de Donald Trump. Il était dédié de la façon suivante: "Hommage aux hommes rouges".



