

Sandrine-Jeanne FERRON
USA
contributions
J’ai d’abord parcouru le monde à quatre pattes. Les mains dans le sol dès l’âge de neuf mois, quelque part sur la carte de la Bretagne, le nez pointé vers les États-Unis. Un été de 1976, un été de canicule, d’où une forte résistance à la chaleur. Je vis en Floride depuis 2021.
Entre ces deux dates et en position debout, direction l’école où je me souviens de la fenêtre et de ses bonheurs immenses. Lorsque j’ai appris que deux lettres créaient un son, trois créaient un mot, trois mots créaient une phrase. Une histoire d’oies sauvages et de chevaux. J’ai donc beaucoup observé, le plafond aussi et j’ai appris à monter à cheval, à six ans, croyant en faire une vocation. Résultat des courses, parcours littéraire. J’ai donc lu des milliers de livres sans penser à les écrire. J’ai écrit des lettres de motivation et en cursive pour exercer des dizaines de métiers, j’ai mémorisé des numéros de téléphone, j’ai appris à voyager quasiment partout sur le globe, avec une carte papier, et à m’orienter sans GPS. Jusqu’à ce que le sol me rappelle à l’ordre. Une chute, un accident, la rupture, l’immobilisation, l’évidence, bref, le parfait storytelling !
Itinéraire recalculé. Le réel comme cap, la fiction pour péninsule, premier roman publié en 2017, aux éditions Unicité, 40 mètres carrés. En 2019, Un homme avec elle-même, chez le même éditeur. En 2022, Laisse-moi disparaître.En 2023, It’s for Her. Un total de cent quarante-quatre mille et cinq-cent-cinquante-six mots, ce qui me laisse encore beaucoup d’espace pour saturer la mémoire de mon disque dur.
Articles parus dans la revue Marginales, deux années de chroniques pour l’émission, Dépêchez-vous de rester jeunes, pour Radio Libertaire et trois publications pour des livres collectifs, édités avec le Réseau des Auteurs Francophones. J’aime les chiffres et leurs puissances motrices. Je fêterai en 2026, avec formules et bulles, mes dix années de collaboration avec La Cause Littéraire.
J’ai bien retenu la leçon. J’arpente le monde à pied.
Muscler l’écriture, maintenir mes lecteurs en apnée sans jamais leur lâcher la main, je bataille avec plaisir et chaque jour avec mon correcteur d’orthographe qui n’a toujours pas compris que j’écris en français, sur le territoire américain.



