
Nous incisons des poèmes
dans l’ombre des casquettes écarlates
où suture un mot d’ordre
répété jusqu’à l’usure
Make America Great Again
les syllabes frappent
marteaux sur la tôle
érigent des murailles de vent
des frontières de poussière
au bord de déserts arides
nous parlons
du vertige des foules
aspirées par la lumière bleue des écrans
où le drapeau fouette l’air
plus violemment que les cœurs
l’amour
charpie dans les rues
dérive avec les convois funèbres
revenus des sables étrangers
et des salles de classe béantes
où les pupitres gardent la mémoire des cris
la grandeur d’un pays
ne tient ni dans la hauteur des murs
ni dans l’éclat des discours sur la peur
mais dans l’espace fragile
qu’il offre à l’autre
nous cherchons
au cœur du tumulte
une amplitude
la vraie noblesse
commence
dans le frémissement
des mains qui s’ouvrent



