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Illustration titre de la revue Marginales n°314

nouvelle

MAGA’s Gang Bang

Où êtes-vous, mes ombres tutélaires

Petites infirmières de pluie et de nuées

Qui pleuraient au sein des décombres

Quand mourait un monde et que l’on espérait

La fin des jours sombres?

Jeunesse est morte ou bien fixée

En son atroce pli d’ombre et de stupéfaction

Nudité! Pauvreté! Futilité de l’être!

Dénuement! Cœur en cendres! Corps incendié!

Chair qui tremble! Esprit bouleversé!

La vie sera-t-elle toujours cet élan défaillant

Àl’instant de l’apogée, cette cible que l’on manque?

Devant la corruption d’un monde de plus en plus global

Gang bang de l’obscène hygiénique et parfaitement socialisé

Où certains sont définitivement plus égaux que d’autres

Où l’on emprunte des boulevards fliqués

Avec zoom et tables d’écoute

Avec zones neutres et cartes à puce

Avec arsenal juridique parlementaire parlant menteur

Avec prescriptions et serial killers faisant vendre de la presse

Avec ordonnances de non-lieu et trafiquants d’organes

Incredible fucking no way!

Delete the silent screams!

Mice is the ICE

Delete the silent screams!

Hommes avec lecteurs de disques implantés dans l’hypophyse

Vous détournez l’héritage de la raison

Paranoïas Carburateurs brûlés

Flamme dérobée aux flammes

La clarté se lève au milieu des cauchemars

Siècle des lumières obscures

Reich techno-optimiste

Nous pensons que tout ce qui est bon

Se trouve en aval de la croissance

Nous pensons que la technologie est un levier sur le monde

Bolides numériques dopés aux oniropuces

Photos retouchées et viandes béantes

Solitudes dans le sang

Figures mécaniques

Mannequins entre les mains de l’assassin

Dans le désastre de l’aube

Des ombres sur la muraille blanche

Et comme flashées

J’ai des ondes d’acide dans la tête!

Soleils engloutis de la mémoire

On lave et défait les pansements

Tant qu’elle dure dans l’étreinte

Elle a tout l’avenir devant elle

Avec la lampe à arc de l’amour physique

Des chairs carbonisées

Des terreurs l’après midi dans les cages

Et les labyrinthes de viande crue

Les grandes lèvres et la soudure à l’électricité

Des mensonges Des lois Des lettres mortes

Nous rapprochent des clartés blêmes

Avec le coeur comme un camp de concentration

Il n’y aura pas de réveil! Chantier autonome!

Corruptions!

L’aride fleurit l’air avec une indifférence cyclonique

La mort n’est faite que de passages

Et nous aurons nommé ce qui demeure

Indescriptible Imprescriptible

Car l’énergie du mortifère l’emporte sur l’énergie du vivant

Acceptant le mort en échange de la réalité extérieure

Vous êtes là, assis, contemplant vos lucarnes

Inconscients, le nez collé à la vitre qui s’interpose

Entre vous et vous-même 

Entre vous et votre réalité

Des organes larvaires des lobotomies

Valium Seconal Effexor Xanax

Une confusion dans les plans

Entre les lobes frontaux il a le cortex cramé

Contemplant une boîte de bière, un vagin ouvert

Sur la pellicule au ralenti durant toute l’éternité

Un orage neuronal secoué au bord d’un gouffre amer

Quels souffles s’exhalent de sa poitrine noire ?

En arrière plan, la nuit brûle sanglante

Toujours en représentation

Comme un acteur devant les caméras

Vous reconnaissez les choses, vous entendez les bruits

Mais cela ne fait pas de vous des vivants

Cela regarde toujours Ce sont des corps

Parfois ce qui t’observe derrière les yeux

De quelqu’un est mort dans l’enfance

C’est mort et c’est là et ça regarde toujours

C’est mort depuis l’enfance

Et c’est là et ça regarde toujours

Confusion des plans

Carte perforée de l’imaginaire

Il n’y a pas de quoi paniquer

Nous ingérons le mort

Nous lessivons ses cendres

L’arc entre les électrodes

Number One is watching you

D’un bout à l’autre et sur toutes les chaînes

Cadrages optiques, videos de surveillance

Dioptries –sans que tu puisses rien y changer

Sans pouvoir bouger

Leucomes stockés dans des banques de données

Ça te regarde et c’est mort depuis l’enfance

À l’intérieur et vivant comme par procuration

Des siècles d’attente dans la salle d’attente du Néant

Voici venu le temps du rêve de fer

Du coeur de silicium et du fake

Ô poupées transhumaines aux gènes

Câblés en spirale

Fruits d’un cauchemar climatisé

Voici venu le temps du techno-César

Et de ses légions célestes et de silicone

Destinées à régner dans une opulence nazie

Alors je parle de ce qui en nous est humain

Obscur et lumineux comme le verger de la jeunesse

Aux fruits mûris à la lueur des orages

Tournant dans la main des anges rebelles

On entend au bout de la rue

Le chant des balles et des fashionable fascists

L’horloge de l’Histoire avance parfois à reculons

Si l’on n’y prête garde…

Clairvoyant dans la pénombre, cœur de phosphore

Le murmure infini du vent sur la mer

Sera ton manteau pour toujours…

Toute vérité qui touche ton cœur est oscillatoire :

Tu n’avances au fond que vers celui que tu es déjà

Nous sommes les sténographes de l’impossible

La transgression irradie toute quête de la vision

Nous sommes partis pour n’en jamais revenir

Le voyage change à tout instant la cartographie de nos rêves

Ailleurs, terres brûlées, on a sur vous répandu

Les cendres des lettres et des photographies

Le feu a mangé avec les herbes les visages

Où des regards de celluloïd se cloquaient à la flamme

Nuit constellée, nuit interne, nuit où je m’avance

Nuit d’étincelles, de pétales et de larmes

Ne survis jamais à tes rêves!
Ne survis jamais à tes rêves…

Vers le sommaire du n°314

Article X / XX

MAGA’s Gang Bang
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