
Où êtes-vous, mes ombres tutélaires
Petites infirmières de pluie et de nuées
Qui pleuraient au sein des décombres
Quand mourait un monde et que l’on espérait
La fin des jours sombres?
Jeunesse est morte ou bien fixée
En son atroce pli d’ombre et de stupéfaction
Nudité! Pauvreté! Futilité de l’être!
Dénuement! Cœur en cendres! Corps incendié!
Chair qui tremble! Esprit bouleversé!
La vie sera-t-elle toujours cet élan défaillant
Àl’instant de l’apogée, cette cible que l’on manque?
Devant la corruption d’un monde de plus en plus global
Gang bang de l’obscène hygiénique et parfaitement socialisé
Où certains sont définitivement plus égaux que d’autres
Où l’on emprunte des boulevards fliqués
Avec zoom et tables d’écoute
Avec zones neutres et cartes à puce
Avec arsenal juridique parlementaire parlant menteur
Avec prescriptions et serial killers faisant vendre de la presse
Avec ordonnances de non-lieu et trafiquants d’organes
Incredible fucking no way!
Delete the silent screams!
Mice is the ICE
Delete the silent screams!
Hommes avec lecteurs de disques implantés dans l’hypophyse
Vous détournez l’héritage de la raison
Paranoïas Carburateurs brûlés
Flamme dérobée aux flammes
La clarté se lève au milieu des cauchemars
Siècle des lumières obscures
Reich techno-optimiste
Nous pensons que tout ce qui est bon
Se trouve en aval de la croissance
Nous pensons que la technologie est un levier sur le monde
Bolides numériques dopés aux oniropuces
Photos retouchées et viandes béantes
Solitudes dans le sang
Figures mécaniques
Mannequins entre les mains de l’assassin
Dans le désastre de l’aube
Des ombres sur la muraille blanche
Et comme flashées
J’ai des ondes d’acide dans la tête!
Soleils engloutis de la mémoire
On lave et défait les pansements
Tant qu’elle dure dans l’étreinte
Elle a tout l’avenir devant elle
Avec la lampe à arc de l’amour physique
Des chairs carbonisées
Des terreurs l’après midi dans les cages
Et les labyrinthes de viande crue
Les grandes lèvres et la soudure à l’électricité
Des mensonges Des lois Des lettres mortes
Nous rapprochent des clartés blêmes
Avec le coeur comme un camp de concentration
Il n’y aura pas de réveil! Chantier autonome!
Corruptions!
L’aride fleurit l’air avec une indifférence cyclonique
La mort n’est faite que de passages
Et nous aurons nommé ce qui demeure
Indescriptible Imprescriptible
Car l’énergie du mortifère l’emporte sur l’énergie du vivant
Acceptant le mort en échange de la réalité extérieure
Vous êtes là, assis, contemplant vos lucarnes
Inconscients, le nez collé à la vitre qui s’interpose
Entre vous et vous-même
Entre vous et votre réalité
Des organes larvaires des lobotomies
Valium Seconal Effexor Xanax
Une confusion dans les plans
Entre les lobes frontaux il a le cortex cramé
Contemplant une boîte de bière, un vagin ouvert
Sur la pellicule au ralenti durant toute l’éternité
Un orage neuronal secoué au bord d’un gouffre amer
Quels souffles s’exhalent de sa poitrine noire ?
En arrière plan, la nuit brûle sanglante
Toujours en représentation
Comme un acteur devant les caméras
Vous reconnaissez les choses, vous entendez les bruits
Mais cela ne fait pas de vous des vivants
Cela regarde toujours Ce sont des corps
Parfois ce qui t’observe derrière les yeux
De quelqu’un est mort dans l’enfance
C’est mort et c’est là et ça regarde toujours
C’est mort depuis l’enfance
Et c’est là et ça regarde toujours
Confusion des plans
Carte perforée de l’imaginaire
Il n’y a pas de quoi paniquer
Nous ingérons le mort
Nous lessivons ses cendres
L’arc entre les électrodes
Number One is watching you
D’un bout à l’autre et sur toutes les chaînes
Cadrages optiques, videos de surveillance
Dioptries –sans que tu puisses rien y changer
Sans pouvoir bouger
Leucomes stockés dans des banques de données
Ça te regarde et c’est mort depuis l’enfance
À l’intérieur et vivant comme par procuration
Des siècles d’attente dans la salle d’attente du Néant
Voici venu le temps du rêve de fer
Du coeur de silicium et du fake
Ô poupées transhumaines aux gènes
Câblés en spirale
Fruits d’un cauchemar climatisé
Voici venu le temps du techno-César
Et de ses légions célestes et de silicone
Destinées à régner dans une opulence nazie
Alors je parle de ce qui en nous est humain
Obscur et lumineux comme le verger de la jeunesse
Aux fruits mûris à la lueur des orages
Tournant dans la main des anges rebelles
On entend au bout de la rue
Le chant des balles et des fashionable fascists
L’horloge de l’Histoire avance parfois à reculons
Si l’on n’y prête garde…
Clairvoyant dans la pénombre, cœur de phosphore
Le murmure infini du vent sur la mer
Sera ton manteau pour toujours…
Toute vérité qui touche ton cœur est oscillatoire :
Tu n’avances au fond que vers celui que tu es déjà
Nous sommes les sténographes de l’impossible
La transgression irradie toute quête de la vision
Nous sommes partis pour n’en jamais revenir
Le voyage change à tout instant la cartographie de nos rêves
Ailleurs, terres brûlées, on a sur vous répandu
Les cendres des lettres et des photographies
Le feu a mangé avec les herbes les visages
Où des regards de celluloïd se cloquaient à la flamme
Nuit constellée, nuit interne, nuit où je m’avance
Nuit d’étincelles, de pétales et de larmes
Ne survis jamais à tes rêves!
Ne survis jamais à tes rêves…



