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SKU : N0008

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15,00 €Prix

Est-ce que, pour beaucoup d’entre nous, la liberté à laquelle nous aspirons n’est pas celle qui nous délivre de toute responsabilité ? Autrement dit, une liberté paradoxale, puisqu’elle pourrait se jouer aussi bien dans une prison ou une dictature… 
C’est cette réflexion qui est à la base du projet que j’ai mené avec Paolo Pellizzari, un photographe étonnant : Siddharta se trouve-t-il en prison ? À partir de 7 cellules aménagées par 7 détenus condamnés à de très longues peines, nous avons cherché à imaginer 7 personnalités. 7 approches de cette « liberté à perpète ». 

 

Ce livre a donné lieu à une adaptation théâtrale, créée lors du Festival Au Carré, à Mons, en juillet 2008.

  • Mon fils,

    Ta dernière lettre m’est bien arrivée et m’a causé une fois encore beaucoup de chagrin. Tu me demandes de ne pas t’écrire cela, mais qu’est-ce que tu veux ? Je suis ta mère, je suis une pauvre et simple femme. Je n’ai pas appris grand-chose, sauf à aimer mes enfants et à souffrir quand ils souffrent ou quand ils font le mal.
    Tu as fait le mal, mon fils, et tu souffres. Même si tu dis le contraire. Même si tu dis que le mal que tu as commis, ce n’était pas de ta faute, mais de la nôtre, de celle du monde dans lequel tu vivais alors. Même si tu clames que désormais, la foi te sauve et qu’Allah te protège. Est-ce qu’Allah, béni soit-Il, accepte que tu fasses ainsi souffrir ta mère ? Je ne peux pas le croire.

    Je sais, je suis une femme, une simple femme. Sans instruction. Je sais quand même écrire, mon fils, et lire. Et calculer. Et réfléchir, avec ma tête et mon cœur. Surtout mon cœur. Toi, tu ne réfléchis plus qu’avec ta tête. Même si tu invoques toujours le cœur de ta foi. Mais ta foi n’a pas de cœur, elle est froide comme un poignard, mon fils.

    Tu ne me demandes pas de nouvelles de nous. Je t’en donnerai quand même. Ton père est une ombre grise qui soupire dans le salon, devant une télévision qu’il ne regarde plus. Quand on annonce un attentat en Irak ou au Liban, il plisse les yeux et je devine des larmes qui salissent ses paupières. Je devine ton prénom sur ses lèvres, et des malédictions. Tes sœurs n’osent plus prononcer ce prénom devant lui, moi non plus. C’est le seul moment où il semble revivre. Et il ne vit plus que pour te maudire, mon fils. Dis-moi, où as-tu lu dans le Coran que l’on devait aimer le Tout-Puissant au détriment de son propre père ? Et ne me réponds pas en citant une sourate qui prouverait que j’ai tort et que tu as raison : je finirais pas rejeter la religion de nos ancêtres, à cause de ce que des gens comme toi en auront fait.

    Je ne dois pas laisser ma colère me contrôler, mon fils. « Lorsque l’un de vous se met en colère, qu’il se taise », dit le Prophète. Il conseille aussi de s’asseoir, de rire ou de se réfugier en Dieu. Je suis assise et je n’ai pas envie de rire. Reste le refuge en Dieu… ou le silence. C’est la même chose, sans doute. En tout cas pour des gens comme toi. Je ne peux pas me taire, et le refuge en Dieu m’effraie, parce que tu as colonisé ce lieu qui devrait être une oasis de paix.
     

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